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18.02.2008

LOGEMENT EN PAYS BASQUE

« Il y a toujours dans les villes et les villages un endroit abandonné »

Nous reproduisons ici l’intégralité de la très intéressante interview d’une jeune femme sans domicile fixe originaire de Bayonne parue dans l’hebdo- madaire Ekaitza n° 1114 du 14 février dernier.

EKaitza : Pourquoi es-tu aujourd’hui sans logement ?

C’est un choix que j’ai fait, depuis maintenant sept ans, au moment d’avoir mes 18 ans. Je n’avais pas envie de faire partie de cette société, même si je suis obligé d’être dedans lorsque je fais la manche ou quand je vais faire les courses dans les magasins. J’ai déjà travaillé, mais ce n’est pas ça qui m’intéresses, on y passe trop d’heures et on se fait avoir, donc, j’ai plutôt envie d’être dehors, de faire la route avec des amis, aller de squat en squat, rencontrer des gens.

Ek : Est-ce que tu es fixée sur le Pays basque ou est-ce que tu es itinérante ?

En ce moment je suis sur le Petit Bayonne, le foyer Atherbea m’ayant accordé un logement d’urgence, mais autrement je préfère bouger. A Bayonne, j’ai mes repères, je suis née ici et c’est ici que j’ai débuté dans la rue. Je connais très bien Bayonne. Mais c’est aussi pas mal de débarquer dans un endroit qu’on ne connaît pas, on rencontre des nouvelles têtes, on fait connaissance des magasins, des rues. Et puis il y a le bouche-à-oreille entre les gens de la rue.


Ek : Avant d’avoir ce logement d’urgence, provisoire, comment faisais-tu pour te loger ?

On se trouve un squat. Parfois on reste dedans un certain temps, d’autres fois, on cherche juste un petit abri, en restant plutôt dehors.

Ek : En période d’hiver, c’est plus difficile ?

Moi, je préfère l’hiver. D’abord il fait moins chaud et on retrouve les vrais gens qui vivent dehors. En été il y a beaucoup plus de gens, mais souvent ils foutent le bordel en ville, pendant qu’ils font la manche. Et quand arrive l’hiver, ils repartent dans leur appartement ou chez leurs parents et c’est nous qui restons à faire la manche, c’est nous qui sommes emmerdés par les flics, parce qu’il y a eu du bordel l’été. Même au niveau des squats, je préfère l’hiver, c’est plus tranquille.

Ek : Comment trouve-t-on des squats ?

On cherche des immeubles, des appartements, des maisons vides, même des jardins ou des grands terrains, on construit des cabanes, on aime bien faire de la construction de cabanes. Pour se meubler il y a toujours les poubelles de magasin, il y des canapés, des lits… Il y a toujours dans les villes et villages un endroit abandonné.

Ek : Comment envisages-tu l’avenir ?

Pour le moment, je vis au jour le jour, je viens d’avoir mon permis, je compte prendre un camion, pour voyager en camion, en dehors de la France. Et après on verra.

Ek : Es-tu aussi en rupture avec les services sociaux ?

J’ai à faire à eux de temps en temps, quand je suis dehors pour aller prendre des douches, quand j’en ai vraiment besoin, pour parler avec des gens. Avec certains ça se passe bien. Je suis plus en contact avec les services associatifs qu’avec les officiels. C’est plus facile de discuter avec eux qu’avec les administratifs qui quand ils voient comment on est n’ont pas très envie de nous écouter, on a l’impression qu’ils s’en foutent, que chacun doit se débrouiller.

Ek :Quels sont vos rapports avec les représentants de la loi ?

A Bayonne on a beaucoup à faire aux municipaux en ville. Même lorsqu’on s’arrête dans un magasin pour faire des courses et que nos chiens sont attachés, ils sont là dans les deux minutes et nous demandent de dégager. Il y a des contrôles d’identité en permanence, des menaces su les chiens, de les mettre en fourrière. C’est la politique de Grenet, une politique de facho. A Dax, lorsqu’ils avaient déclenché le plan « grand froid », on avait une portée de quatre chiots. Les flics nous ont fait faire cinq squats en deux jours. On arrivait dans un squat et une fois qu’on avait tout nettoyé, ils nous faisaient dégager. Je les avais menacés de faire une grève de la faim devant la mairie et du coup, ils nous avaient laissés tranquilles. L’été qui a suivi, la DDASS (Direction départementale de l’action sanitaire et sociale) était avec nous et était venue nous aider lorsque nous avons monté un camp au bord de l’Adour. Quand je leur ai raconté ce qui nous était arrivé l’hiver, l’une des responsables nous a dit que c’était illégal et que l’on aurait dû aller les voir à ce moment-là. Il est interdit de virer des SDF en période « grand froid ». Mais dans certaines villes, ça va.

A La Roche-sur-Yon, on était en train de faire la manche devant la poste, les flics sont arrivés et nous ont contrôlés. Ils étaient à cheval. Ils sont arrivés poliment et après nous avoir contrôlés nous ont dit qu’il n’y avait pas de problème nous souhaitant un bon séjour. Ils nous ont laissé un dépliant dans lequel étaient indiquées les associations en cas de besoin.

Ek : Comment faites-vous pour les papiers d’identité, sans justificatif de domicile ?

Sur ma carte d’identité, je suis domiciliée au CCAS (Centre communal d’action sociale). C’est possible de le faire avec d’autres structures comme le Secours catholique.

Ek : Est-ce que tu as déjà eu envie d’intégrer un logement, de te poser avec ton copain, les chiens… ?

Non. J’ai dû le faire pour passer le permis et qu’il faut qu’on travaille pour mettre des sous de côté pour acheter un véhicule. L’éducatrice a insisté pendant un bon mois pour que je prenne le logement actuel. Mais c’est pour une durée de trois mois, renouvelable, pour dépanner.

Ek : Quelles sont tes sources de revenus ?

Je suis au RMI couple avec mon copain, puisque j’ai moins de 25 ans. Mais je continue quand même à faire la manche, le RMI des fois ça ne suffit pas. Et avant que je sois avec mon copain, je faisais constamment la manche, n’ayant pas droit au RMI.

Ek : Les gens qui sont autour de vous dans la rue ont-ils choisi cette vie-là ou y en a-t-il qui sont là contre leur gré ?

Les jeunes en général en ont marre, comme nous. Ils préfèrent vivre dans un camion plutôt qu’en appartement, déjà parce que c’est mobile et qu’il n’y a pas de loyer, même s’il faut payer tout ce qui concerne un véhicule. L’année dernière on a participé à une action de solidarité avec « les Don Quichotte », à Dax, pour des gens qui cherchaient des appartements. Mais c’était beaucoup plus des anciens, dans les 40 à 50 ans. Je les ai rencontrés, je leur ai demandé depuis combien de temps ils étaient dehors. Il y en a plusieurs qui m’ont dit « ça fait quelques mois que j’ai tout perdu, je ne veux pas être dehors, je ne comprends pas comment vous pouvez faire, j’ai peur dehors ». C’est plutôt la situation des plus vieux. En plus, les n’ont pas la même forme, il y en a qui sont ravagés par l’alcool, il leur faut des appartements. Certains dorment dans les toilettes publiques où on en a retrouvé un mort. C’est pas une vie pour eux. De plus, pour avoir un travail, il faut avoir un logement et pour avoir un logement, il faut un travail, c’est un cercle vicieux, c’est ce qui est le plus dur. Mais la plupart des gens qui sont dans la rue sont des gens qui ont tout perdu, travail, famille… Les plus jeunes sont parfois en rupture familiale, mais ils voient aussi comment leurs parents galèrent et ils n’ont pas envie de galérer comme eux. Et une fois dehors, quand on connaît on se débrouille.

Ek : Comment faites-vous pour la nourriture ?

On ne peut pas mourir de faim. Je n’ai jamais aussi bien mangé que depuis que je suis dehors, en faisant les poubelles. On trouve plein de choses, les magasins jettent vraiment de tout, laitages fromages, viandes, légumes, fruits. C’est interdit et dans les grandes surfaces, les emballages qui vont à la poubelle sont ouverts et ils y jettent de la javel.

Ek : Est ce que vous essayez de vous regrouper pour affronter ces situations ?

Quand on se voit, on va aller boire un coup ensemble, passer un moment. On se regroupe lorsqu’on sait que les flics interviennent dans un squat pour les virer, pour les aider, pour être avec eux. Mais sinon, on ne se voit pas trop.

Ek :Quel est le soutien des personnes extérieures ?

Le plus de soutien que j’ai vu, c’était à Dax, pour « les Don Quichotte » l’année dernière. Plein de gens sont descendus pour voir comment ça se passait, comment on vivait, y compris le directeur des HLM qui est venu dormir une nuit dans les tentes avec nous. D’autres nous apportaient à manger, des couvertures, nous proposaient de faire des machines, nous changeaient les bouteilles de gaz. Ici, à Bayonne, il y a beaucoup plus de sales regards. Avec l’appartement qu’on a, parce qu’on a quatre chiens, les gens ne sont pas contents, quand on dit bonjour, on nous répond pas. Malgré cela j’aime bien Bayonne, il y a des côtés sympas, on arrive à discuter avec des gens. Saint-Jean-deLuz, c’est pas la peine. A Biarritz on peut faire la manche, mais on ne peut même pas aller à la plage. A Anglet, c’est plutôt sympa.Dans les petits villages, les gens n’ont pas l’habitude de voir d’autres personnes que ceux du village, ils regardent curieusement, mais c’est bien parce que c’est plus paisible, on peut se balader dans les bois. De plus il y a toujours moyen d’aller voir les paysans qui nous filent des légumes. Il y a aussi les petits magasins qui nous donnent des invendus.

Ek : Il y a quelques années, vous aviez fait une grève de la faim devant l’église Saint-André. Pour quelle raison ?

Nous étions en haut de Mousserolles, et ils nous avaient pris nos sacs, nos tentes, nos papiers, nos affaires, ils avaient tout jeté. On est tous partis faire la manche le matin, quand on est revenus dans l’après-midi, il n’y avait plus rien. On était sept ou huit, il y avait plusieurs tentes. On a eu vraiment peu de soutien. Il y avait AC !, des éducateurs. Par contre on a eu beaucoup de signatures sur les pétitions qu’on avait fait circuler, mais peu de soutien direct.

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